Anhée - présentation historique

Anhée fut très tôt occupé par l'homme. La preuve la plus ancienne que nous en ayons est le cimetière gallo-romain, découvert au Bahivaux, lorsqu'en 1885, fut établie l'assise de la ligne de chemin de fer vers Tamines.
Il faut attendre le XIIè siècle pour trouver dans les textes, le nom d'Anhée, sous la forme " d'Anheia ". A ce moment, Anhée relevait directement du domaine du Comte de Namur à qui les habitants paient l'impôt. Au XIIIè siècle, sur le plan administratif, Anhée est le siège d'une mairie importante qui s'étend de Gérin à Rivière en englobant Sommière, Haut-Le-Wastia, Moulins, Hun, Annevoie et Warnant.

Les archives générales du Royaume nous ont conservé les comptes des années 1265, 1289 et 1294. Ces documents d'un grand intérêt, permettent de nous faire une idée du peuplement de nos régions puisque les " feux " ou maisons étaient taxés. A Anhée, il y avait 45 feux et par comparaison 11 à Warnant, 17 à Haut-Le-Wastia et 9 à Moulins.

Lorsqu'à la fin du XIIIè siècle, le comté de Namur eut terminé son organisation administrative, la mairie d'Anhée, dans son sens large, devint partie intégrante du bailliage de Bouvignes. C'est à ce titre que la mairie devait lever une compagnie d'arbalétriers d'une soixantaine d'hommes recrutés dans les diverses localités. Ils étaient chargés de faire le guet, et, en temps de guerre, de défendre le château de Bouvignes. Ces arbalétriers subirent le siège de Bouvignes en 1554, quand Henri II, roi de France, vint ravager nos régions. La chronique rapporte qu'ils furent massacrés à l'exception de trois hommes.

Notre appartenance au bailliage de Bouvignes nous valut encore un grand désastre en 1465. Dans la lutte séculaire qui opposa Dinant, (principauté de Liège), à Bouvignes, des troupes liégeoises vinrent ravager notre région. Anhée figure dans la liste des villages sinistrés. Au Moyen-âge, et sous l'Ancien Régime, c'est surtout l'existence d'une église à Senenne qui a valu à Anhée d'être connu. La paroisse de Senenne est fort étendue et englobe les localités voisines : Houx, la forteresse de Poilvache, Yvoir, Warnant, Haut-Le-Wastia et Sommière. L'église est très ancienne puisqu'en 1160, le Comte de Namur l'attribue à l'Abbaye de Floreffe et cela jusqu'à la révolution française.

Bien que situé en bordure de Meuse, le village d'Anhée n'avait pas, sur son territoire, de petit ruisseau pouvant fournir la force motrice nécessaire à l'implantation d'activités industrielles. Son destin sera donc essentiellement agricole. Au XIIIè siècle, on connaît déjà la présence à Grange de deux fermes qui exploitent les terres du plateau. Dans le village même, on note au XVIè siècle, l'existence de deux autres fermes : celle qui est appelée 'd'Odrimont ", déjà citée au recensement de 1603, se trouvait dans ce qui s'appelle maintenant la rue des Fusillés.

Dans les comptes communaux de 1704, elle est taxée sur la base de 30 bonniers (28 hectares). L'autre ferme est la " petite cense de l'Abbaye de Moulins "qui, à l'origine, ne cultivait que 16 bonniers.

Si les fermes du village ne sont que de petites exploitations agricoles, les vastes terres de culture du " golfe d'Anhée " appartiennent à l'abbaye de Moulins dont la grande ferme exploite une centaine de bonniers.

Pratiquement tous les terrains situés à droite de la grand-route dans le sens Namur-Dinant appartiennent à l'Abbaye. Ceci explique que sur ce côté de la route, il n'y eut pas d'habitations avant 1826. Sur l'autre côté, on n'en comptait que trois à la fin du XVIIIè siècle.

Toutes les habitations d'Anhée étaient concentrées sur ce qui s'appelait la rue du village. C'était de petites maisons, attenant généralement à un jardin de modeste étendue. Puisqu'il n'y avait pas d'industrie, les habitants travaillaient essentiellement pour l'agriculture, quelques-uns étaient pêcheurs en Meuse, d'autres étaient occupés aux forges de la Roche-à-Moulins.

En 1755, l'impératrice Marie-Thérèse érige en seigneurie hautaine Anhée, Senenne et Grange et l'engage pour 2.800 florins à Pierre de Montpellier, maître de forges à Yvoir. A cette occasion, un bornage (cerclemenage) de la seigneurie est établi. En lisant ce rapport, on constate que les limites de la seigneurie correspondent déjà aux limites administratives du XIXè siècle. Le nouveau seigneur est reconnu comme tel dans l'église de Senenne, le 20 septembre 1755. La Seigneurie fut vendue en 1766 aux Dautrebande, maître de forges à la Roche-à-Moulins, qui la conservèrent jusqu'à l'abolition des institutions de l'Ancien Régime par la révolution française en 1793.

En 1830, au début de l'indépendance de la Belgique, la population d'Anhée est de 437 habitants. On recense 53 maisons rurales faites de pierres ou de briques, la plupart étant recouvertes de chaume. Les habitants sont encore presque tous voués à l'agriculture. Il faut attendre la moitié du XIXè siècle pour que des projets industriels voient le jour. Ce sera l'exploitation des carrières au lieu-dit " Bout des campagnes ". La brasserie Rabozée se construit en 1858 et ira en se développant.

Le chemin de fer n'atteint Anhée qu'en 1890 par l'ouverture de la ligne de Tamines.

Pour être relié à Dinant, il faudra encore patienter. Auparavant pour atteindre cette ville, les habitants devaient se rendre à Yvoir où passait la ligne du Nord-Belge depuis 1862. Encore fallait-il, pour se rendre à Yvoir emprunter le passage d'eau de la Roche-à-Moulins, le pont d'Yvoir n'étant construit qu'en 1873.

Au cours du XIXè siècle, dans les environs d'Anhée, de nombreuses industries se sont établies: les usines à cuivre de Moulins, les carrières d'Yvoir et de Hun, le moulin Bauchau à la Roche-à-Moulins.

A Anhée même, nous trouvons des fabriques de tuyaux de drainage, de tuiles et de briques. Il y eut aussi une fonderie de cloches de 1876 à 1893. A la fin du siècle, le tourisme se développe . En 1914, on compte trois hôtels où la clientèle ne vient qu'à la bonne saison. Enfin, à côté de cela, beaucoup d'artisans exercent leurs diverses activités.

Le véritable essor industriel se produit au début du XXè siècle. En 1907, la S.A. des fonderies et forges Saint-Joseph de Couvin installe une usine à Anhée, qui prendra rapidement de l'extension.

Dans les années 1930, on comptera jusqu'à 400 personnes employées. La fabrication va des casseroles et marmites aux articles sanitaires, poêles de chauffage et radiateurs. Le déclin s'amorce après la seconde guerre mondiale et va jusqu'à la fermeture en 1958. Vers 1920, aussi, il y a deux scieries de bois qui se sont installées. On le voit, les emplois sont nombreux à Anhée avant 1940. Beaucoup de personnes des villages voisins viennent y travailler.

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