Traduction

La MIDONE de MONTAIGLE

Le lourd pont-levis se releva sur les pas d'un messager qui remontait en selle. !Le galop se confondit vite avec le bruissement de la nature secouée par le vent du Nord. Dans son beau château, le seigneur Gilles de Berlaimont de Montaigle, anxieux et nerveux, décachetait le rouleau de parchemin qui venait de lui parvenir de la part du seigneur de Bioulx, son voisin. Malgré sa taille de géant et sa force herculéenne, le seigneur de Montaigle tremblait comme un enfant en déroulant ce parchemin, sur lequel était écrite la réponse qui le comblerait de joie ou l'enfouirait dans une douleur insurmontable. . D'une main ferme, un seul mot avait noirci le parchemin sur toute sa surface. Les trois lettres du « NON » brillaient en noir sur ce fond jaune paille. En soupirant profondément, Gilles de Montaigle ferma les yeux et laissa tomber le parchemin à ses pieds. A l'enroulement de celui-ci,la salle d'armes sembla retentir d'une voix si moqueuse que le seigneur se ressaisit. Une idée terrible lui traversa l'esprit. Prenant le portrait de son père à témoin, il s'écria: . Seigneur de Bioulx,si tu me refuses la main de ta fille Midone, cette nuit même, je forcerai les portes de ton château et j'enlèverai ta fille !» Sans perdre de temps, le seigneur de Montaigle rassembla les plus courageux de ses gens d'armes et leur exposa son téméraire projet. La nuit tombée,la petite troupe à la tête de laquelle se .trouvait le seigneur de Montaigle lui-même, dévala les pentes du château et gagna, à bride abattue, celles du château du seigneur de Bioulx. Surpris,les guetteurs se rendirent aussitôt, furent bâillonnés et jetés dans des oubliettes. Sous la protection de deux gardes, une dame .d'honneur du seigneur de Montaigle se rendit dans les appartements de Midone de Bioulx et la pria, au nom de son maître, de s'habiller sur l'heure et de gagner la sortie du château par le souterrain principal. Midone hésita, mais remplie de confiance en celui qu'elle aimait et torturée par la dureté de son père, elle acquiesça à la requête demandée. A la sortie du souterrain,un cheval tout harnaché l'attendait à côté de celui du seigneur de Montaigle. Chemin faisant, Midone de Bioulx déclara à celui qu'elle aimait: «Mon père se vengera 1 Sa vengeance sera terrible !» Le seigneur de Montaigle lui répondit: «Je ne crains pas ton père,Midone si tu quittes mon château, c'est que je serai mort!» A l'aube de cette nuit-là, quelle ne fut pas la colère du seigneur de Bioulx à l'annonce que sa fille avait été enlevée par le seigneur de Montaigle. Il astiqua ses armes,revêtit son armure de chevalier et partit sur-le-champ provoquer son voisin en duel. Quant à Midone, il concevait l'affreux projet de l'enfermer dans un monastère avec le cruel souvenir de celui qu'il allait tuer froidement. Le seigneur de Bioulx s'arrêta devant le pont-levis du château de Montaigle et demanda à parler au. seigneur. Il avertit le guet qu'il venait reprendre sa fille Midone et provoquer en duel le seigneur de Montaigle. Après quelques minutes, Midone vint aux créneaux supplier son père de calmer sa colère et de comprendre son amour. Son père lui présenta son épée nue et elle comprit qu'il voulait absolument un règlement de compte par le sang. On baissa le pont-levis. Le seigneur de Montaigle attendait en tenue de chevalier le père de celle qu'il aimait. L'orgueil chevaleresque brillait dans les yeux des deux adversaires. Dieu lui-même n'aurait pu empêcher ce combat. Au mornent où les fers se croisèrent, Midone s'élança entre les deux combattants. Hélas l'épée de son père lui transperça involontairement le coeur. Le seigneur de Montaigle, fou de rage,fonça sur son adversaire et le toucha mortellement. Victorieux, il regarda longuement, hébété, les deux cadavres qui gisaient à ses pieds. Quelques jours plus tard, désespéré, il partit pour le croisade, où il dut être tué, car on ne retrouva jamais son corps. Quant à Midone, il suffit de passer le long des ruines du château de Montaigle pour entrevoir son spectre errer, la nuit, à la recherche de celui de son fiancé qui n'y revint jamais... L.S. - G.B. Texte tiré d'une feuille enlevée de la revue «le Molignard». Source Ch. S.