Sosoye, le village des montagnards

Le village

Après avoir entraîné le moulin de Maredret et serpenté entre des versants abrupts et boisés, la Molignée, esquive l’imposant promontoire calcaire de Sosoye, appelé la « Montagne », pour dessiner ensuite de jolis méandres dans sa plaine alluviale. Au pied de la « Montagne », se dresse le pittoresque village au noyau dense construit en pierre calcaire.

Jadis traversé par une piste gauloise à laquelle succédera une voie romaine, Sosoye est aujourd’hui coupé par une voie… ferrée! Ouverte en 1890, la ligne 150 qui reliait Tamines à Dinant vit passer son dernier train en 1962. Aujourd’hui désaffectée, la voie est livrée aux Draisines de la Molignée qui assurent la liaison entre les gares de Falaën et de Denée-Maredsous pour le plus grand plaisir des touristes avides d’insolite et de nature intacte. Par ailleurs, l’assiette de la voie est aménagée pour permettre le passage d’un Ravel qui relie Warnant à Maredret.

L’église, construite en 1764-1765, a été édifiée à l’initiative d’un moine de l’Abbaye de Brogne qui, à cette époque, administrait la paroisse de Sosoye-Maredret. Elle est composée d'une tour carrée de trois niveaux au sud, d'une nef de trois travées reliées par des pans obliques au choeur plus étroit et à chevet semi-circulaire; le tout sous toiture d'ardoises. A l'intérieur, d'importants pilastres toscans supportent les voûtes d'arêtes. Le mobilier est remarquable. On épingle un maître-autel provenant de Tongres (1754), des stalles et lambris issus de l'abbaye du Jardinet à Walcourt (XVIIIe siècle) et un confessionnal contemporain de l'église.
Sous l’Ancien Régime, le peuple devait verser le dixième des produits de la terre, la dîme, à l’Eglise pour contribuer notamment aux frais du culte. La grange de la dîme fut construite en 1646 pour abriter les produits de la dîme au bénéfice de l’Abbaye de Brogne. Cette remarquable et imposante bâtisse au toit de tuiles rouges, constitue avec l’église et le presbytère, un site classé depuis 1975.

La « Montagne » de Sosoye, à qui les habitants doivent leur surnom de « montagnards » et appelée également Montagne de Ranzinelle, offre un point de vue imprenable sur le village et la vallée.

La Montagne de Ranzinelle

La "Montagne de Ranzinelle" est l'un des joyaux de notre patrimoine naturel. La végétation, absolument remarquable, comprend de nombreuses espèces végétales calcicoles (qui "aiment" le calcaire), thermophiles (qui "aiment" la chaleur) et xérophiles (qui "aiment" la sécheresse), caractéristiques de la végétation sur pelouse calcaire sèche , héritière de la géomorphologie et de pratiques agropastorales aujourd'hui révolues.

La géologie

Le sous-sol de la vallée de la Molignée est constitué essentiellement de calcaire (Carbonifère/Dinantien datant d’environ 350 millions d’années). Ce calcaire se présente généralement en bancs de plus ou moins forte épaisseur, témoins d’une sédimentation par « à coups ». La montagne de Sosoye fait exception ; il s’agit ici d’une masse calcaire sans stratification, appelée récif. L’absence de stratification s’explique par la présence d’une bactérie dans la boue formée par les dépôts sédimentaires, bactérie qui agit comme liant et empêche la dislocation de la masse boueuse lors des tempêtes.

Ce type de récif, connu sous le nom de monticule Waulsortien et caractéristique du synclinorium de Dinant, est un récif de profondeur (> 50m), milieu où l’absence de lumière empêche le développement de coraux ou d’algues mais où peuvent proliférer des bactéries.

En périphérie du récif, se retrouvent les bancs stratifiés de calcaire Dinantien/Viséen avec notamment le célèbre marbre noir de la Molignée Viséen/Moliniacien au grain très fin exploité notamment dans les villages voisins de Salet et Denée et qui était très recherché anciennement comme en témoigne son utilisation pour la décoration des tombes des rois de France, d’Angleterre et du Danemark dès la fin du XIII e siècle.

L’origine de la pelouse sèche

Avant l'occupation humaine, la colline était sans doute presque entièrement boisée. Le néolithique marque le début de la sédentarisation. Les hommes se muent en agriculteurs qui défrichent, cultivent et élèvent du bétail.

Les versants de la colline, de trop forte pente pour être mis en culture, furent réservés à la pâture des troupeaux. Les forêts sont incendiées, défrichées et peu à peu épuisées par les passages répétés des troupeaux de chèvres et de moutons. Au cours des siècles, ces forêts de versants ont régressé et les eaux de ruissellement ont emporté l'humus laissant un sol pauvre en éléments minéraux nutritifs, peu profond et ne retenant pas l’eau. Sur les talus privés de leur couverture boisée, le caractère chaud et sec du mésoclimat s'est accentué. En lieu et place de la forêt, est apparue une formation végétale herbacée de faible hauteur dont la survie impliquait notamment la capacité de résister au broutage imposé par les troupeaux et au feu printanier bouté par le pasteur pour hâter la repousse des graminées: la pelouse sèche thermophile à caractère méridional prononcé. La pelouse sèche est donc semi naturelle et est l'empreinte vivante que l'homme a imprimée par ses pratiques agro-pastorales ancestrales dans le couvert végétal de la colline.

La restauration de la pelouse sèche

L’abandon des anciennes pratiques agropastorales a entraîné la recolonisation partielle de la colline par des formations d’abord arbustives puis boisées risquant d’entraîner la disparition d’espèces végétales remarquables, souvent protégées comme certaines orchidées.

Pour préserver les espèces d’insectes, d’oiseaux et de plantes associées aux pelouses sèches, une bonne solution est de pratiquer un pâturage extensif tournant par des moutons. Pour les parcelles fortement enfrichées, le pâturage sera précédé d’un débroussaillage manuel ou mécanique.

Diverses races rustiques de moutons peuvent être utilisées comme le Mergeland.
Les chèvres sont également adaptées au débroussaillage car elles s’attaquent spécialement aux ligneux, y compris les épineux.

A Sosoye, les mesures de restauration été mises en œuvre dans le cadre du programme LIFE auquel collabore notamment l’association NATAGORA.

La flore

Les pelouses sèches sont composées de végétaux spécifiques, comme le brome dressé, le brachypode penné ; les arbustes colonisateurs comprennent souvent le genévrier, la viorne et diverses rosacées épineuses, comme les églantiers sauvages, le prunellier ou l’aubépine monogyne.

Les plantes en rosette sont fréquentes sur les pelouses sèches. Les feuilles se rejoignent en un point central et forment une sorte d'étoile. Cette disposition permet à la plante de bien capter l'énergie du soleil, de recevoir plus d’eau. Les orchidées sont exceptionnellement bien représentées.

Parmi les plantes présentes à Sosoye et qui méritent une mention particulière, il convient de citer 7 espèces d’orchidées telles que l’Orchis antropophora (homme pendu) et l’Orphis apifera (abeille) et un lichen d’affinité méditerranéenne, le Dermatocarpon monstrosum unique en Belgique.

La faune

Les pelouses sèches constituent des refuges pour bon nombre d'espèces animales. Elles sont le terrain de prédilection de certaines espèces d'araignées et de papillons, notamment les argus qui fréquentent un tapis herbacé ras de 0,5 à 4 cm seulement !

On observe à Sosoye des espèces d'insectes remarquables thermophiles vivant communément 300 ou 400 km plus au sud voire au sud-est. Le bassin de la Molignée constitue la limite nord ou ouest de leurs aires de dispersion.

Parmi les papillons observés citons 3 espèces de zygènes, le flambé, l'argus bleu nacré, l'argus bleu céleste…Il faut rappeler que certains papillons sont inféodés à la présence d'une plante bien spécifique.

Parmi les coléoptères, on observe régulièrement la cétoine dorée et la cétoine cuivrée dont la larve croît dans les nids des fourmis rousses.

Lors de votre promenade dans la réserve, ne perdez pas de vue que plusieurs espèces végétales et animales sont protégées.

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