Maredret Visites guidées 2012


[Voir le descriptif des balades guidées...]

Tous les dimanches à 15 heures, d’avril à octobre, l’association Les amis de l’abbaye de Maredret asbl organise des visites guidées gratuites de l’abbaye de Maredret
 

Abbaye de Maredret aux quatres saisons

© Photos Yves Van Cranenbroeck (2012).

Une belle réalisation de Mr. Yves Van Cranenbroek qui a demandé deux ans de persévérance pour avoir les bonnes conditions de photographie. Mr. Yves Van Cranenbroek est le Président de l'asbl "Les amis de l'abbaye de Maredret".

La Molignée

La Molignée se classe parmi les meilleurs affluents de la Meuse en qualité biologique et écologique.
Forges et moulins, richesse verte et concentration d'artistes contemporains.
 
Remontons son cours depuis son embouchure vers ses sources et retrouvons ensemble les traces de son utilité et ses charmes.
 
Au cours des siècles, à Warnant, les moines de l'abbaye cistercienne avaient entrepris des travaux hydrauliques importants : un canal de dérivation d'un kilomètre, le creusement de trois étangs avec retenue d'eau.
 
Ils utilisèrent ce bief en y installant, successivement, un moulin à grains, un moulin à huile et surtout un moulin à papier.
 
Des industriels, en nécessité de coups d'eau pour animer leurs machines hydrauliques, s'adressèrent à l'abbaye de Moulins.
Le domaine abbatial de Moulins va devenir, pendant 150 ans, jusque 1978, l'usine de cuivre la plus importante du Royaume de Belgique, transformant les cuivres jaune et rouge.  Le château, toujours occupé par la famille fondatrice de l'usine jouxte celle-ci.
 
Entourés de menthes aquatiques pourpres, les myosotis cespiteux s'épanouissent au bas de chutes d'eau. 

Leurs fleurettes bleu ciel se mélangent à la blancheur de celles du cresson des fontaines, véritable festin pour les libellules, demoiselles, insectes et papillons. Plongeons le nez dans la hampe florale crème des reines des prés pour nous imprégner encore une fois de leur parfum avant de quitter le canal de dérivation où grouillent une multitude d'alevins, et reprenons le cours du ruisseau.
 
Appelé autrefois Ermeton, rieu de Floyon, riu de Moulisn, celui-ci fut rebaptisé Molignée au XIXe siècle, c'est-à-dire ruisseau qui a perdu ses dénominations successives au cours des âges. La fraîcheur de l'eau nous invite à le remonter jusqu'au bas des ruines de Montaigle. Celles-ci évoquent la légende de la dame au fagot, qui quitta le château, croulant sous le poids d'un fagot de bois contenant le seigneur du lieu, son mari, fait prisonnier.
 
Dans cette région bucolique de tiges et de chavées, le trajet de la Molignée est sinueux tant l'eau a érodé les sols les plus tendres pour rejoindre la Meuse. Les terrains rocailleux et secs sont tapissés d'une flore papillonnants : le flambé, la sauterelle à ailes en faux, et la rarissime cigale des montagnes. Dans l'eau, les renoncules flottantes prennent le soleil, la tête haute, blanche au cœur jaune. Elles attendent le martin-pêcheur !
 
Petite halte pour un boisson rafraîchissante, Maredret guidera nos pas vers le Musée du Bois et des fontaines, nous verra déambuler dans les sentiers à la recherche de roues de moulins, posées là ou en activité, photographier une chute d'eau ou une vanne, admirer les jardins clos.
 
Un de ces jardins vaut le détour pour sa jolie pelouse ornée de qutre parterres disposés en carré autour d'un cinquième central. Chaque parcelle, entourée de rangée de pavés, a sa particularité - gros oignons et échalottes - tomates, asperges vertes et blanches - salades, carottes, poireaux - fraises souvenirs de Charles. Dans le carreau central, s'épanouissent, au pied d'un laurier-sauce en pot, la ciboule, les menthes marocaines, les lavandes et autres herbes aromatiques. Deux mètres plus bas et pour nous ravir les yeux, une roue de terre explose de campanules bleues, blanches et de bruyères. Deux petites topiaires de buis, en boule, sont les sentinelles de ce pittoresque jardin de légumes.
 
Notre bâton de pèlerin nous entraîne vers Ermeton-sur-Biert, vers les petits rus de la Molignée, le Biert et le Flavion.  Nous nous arrêtons souvent pour tant de beautés et d'ingéniosité, fleurs sauvages ou cultivées, fleurs et fruits du haricot sur perche, parfum des bois, clins d'oeil des fraises sauvages, cascades ou retenues d'eau, pour arriver aux sources : la Behoute et le ruisseau de Stave.

Annevoie-Rouillon

S'il fallait trouver un exemple de l'influence des caractéristiques du sol sur le destin d'une localité, celui d'Annevoie-Rouillon viendrait aussitôt à l'esprit. Le fait d'avoir un relief montueux, de posséder un vallon parcouru par un ruisseau aux eaux rapides, a orienté, au cours des siècles, le développement économique vers trois pôles d'activité : en premier lieu le travail du fer, ensuite la meunerie et enfin le tourisme.

Le territoire de la commune d'Annevoie, qui s'étend sur 657 hectares, est composé de trois sections : Annevoie, Rouillon et Hun, la dernière devant être examinée à part du fait qu'elle est géographiquement séparée des deux autres, et qu'elle a connu, sous l'Ancien Régime, un sort différent.

Toute la localité a fait partie du comté de Namur pour être rattachée au bailliage de Montaigle, lorsque l'organisation administrative du comté s'est définitivement dessinée. Le dernier bailli de Montaigle de 1758 à 1793, fut précisément Charles-Alexis de Montpellier, en même temps seigneur d'Annevoie-Rouillon .
 
La Seigneurie hautaine de Hun fut la première à se concrétiser. Elle fut engagée en 1631 à Thierry de Celles, dont la famille céda ses droits en 1699 à celle de Cassal et Floriet. C'est en 1730 que François-Guillaume de Propper l'acheta. Son fils Jean-Guillaume lui succéda et devint ultérieurement seigneur de Salet, de Haut-Le-Wastia et de Warnant. Le Blason des de Propper figure sur le drapeau de l'entité d'Anhée.
 
La seigneurie d'Annevoie-Rouillon fut engagée en 1753 au vicomte d'Elzée, qui la vendit en 1758 à Henri Bivort représentant Charles-Alexis de Montpellier. Ce dernier la garda jusqu'en 1793, quand furent abolies les institutions de l'Ancien Régime.
 
Des traces d'habitat ancien ont été découvertes sur le territoire de la commune d'Annevoie : une sépulture de l'époque gallo-romaine et, au lieu-dit Soria, un cimetière franc du Viè siècle, composé de quatorze tombes.
 
C'est dans le domaine du travail du fer que la localité a acquis sa renommée et cela pendant quatre siècles. Grâce au ruisseau de Banse accru par celui de Fonteny, pour former le Rouillon, grâce à la déclivité du sol qui donnait aux eaux un caractère impétueux, le vallon descendant d'Annevoie vers Rouillon a été très tôt le siège d'une activité industrielle intense. Le cours du ruisseau trop rapide a dû être maîtrisé par la création d'un chapelet d'étangs, au creux du vallon de Bableuse, chaque étang ou bief alimentant une forge et constituant une réserve d'eau pour les périodes de sécheresse. Il est surprenant de constater que, sur un parcours d'un peu plus d'un kilomètre, la densité des usines de fer est telle, qu'au début du XIXè siècle, on comptait cinq forges avec maka et affinerie et trois fourneaux à fondre le minerai

L'installation de l'industrie du fer remonte loin dans le passé. Les archives générales du Royaume signalent qu'en 1430 déjà, un certain Henrÿ le Scardeÿ paie trois oboles pour le coup d'eau lui permettant d'activer son marteau (maka) à Rouillon.
 
Au XVIè Siècle, l'industrialisation progresse à grand pas, si bien qu'à l'aube du XVIIè siècle, on signale quatre forges avec marteau et un fourneau nouvellement construit. Le progrès s'amplifie encore au XVIIe siècle par la construction de deux forges et de deux fourneaux. Pour nous résumer, disons qu'à la fin du XVIIIè siècle, on trouve sur le ruisseau de Rouillon, successivement en partant du haut :
  • la " forge d'en haut " à l'extrémité de la rue de l'Eglise
  • la " neuve forge " à côté des jardins d'Annevoie
  • la " forge Aminte "
  • le " neuf fourneau " en face de la route d'Arbre
  • la " forge du trou " dont il reste des vestiges
  • le " fourneau du milieu "
  • la " forge et le fourneau d'en bas "
A la forgerie sont associés les noms d'illustres familles de maîtres de forges : de Montpellier, de Moreau, de Cesves, Bauchau, Mission, etc …
 
L'ensemble des forges et fourneaux qui fit la prospérité et la renommée d'Annevoie ne survécut pas à la révolution industrielle du XIXè siècle , quand apparurent les grands bassins industriels mosans. On peut estimer que la forgerie ancienne cessa de travailler entre 1840 et 1850. Elle donna alors naissance à d'autres activités qui utilisaient aussi la forge hydraulique comme source d'énergie. On vit apparaître des scieries de marbre, des polissoirs, des huileries, une fabrique de produits réfractaires, une menuiserie mécanique et même une peausserie. Seul un établissement continua, pendant quelques décennies, le travail du fer. Ce fut la forge " d'En-Bas ", reprise en 1891 par Eugène Malevez, qui créa une usine d'outils agricoles. Le catalogue des produits fabriqués vers 1905 est éloquent : on y présente huit types de charrues et une trentaine d'outils agricoles. L'usine Malevez ferme ses portes au début des années 1950, marquant ainsi la fin du travail du fer dans la localité.
 
Sur le cours du ruisseau, à côté des forges, fut aussi construit un moulin à farine dont l'existence est connue depuis le XIIIè siècle. Il fonctionnera jusqu'en 1900 puis sera reconverti en blanchisserie. Vers 1855, un autre moulin à farine, plus important, est établi sur l'emplacement du maka de la forge Aminte. Mieux connu sous le nom des exploitants, les frères Debras, il restera en activité jusqu'en 1954, produisant principalement des aliments pour le bétail.
 
La statistique industrielle d'Annevoie serait incomplète en ne signalant pas l'existence de deux brasseries dont l'une près du pont, porte le millésime de 1679, et d'une distillerie qui produisait deux cent soixante-cinq hectolitres d'alcool par an.
 
De tout le passé industriel d'Annevoie, qui était basé sur l'énergie générée par le petit ruisseau de Rouillon, il ne reste rien aujourd'hui. Cependant le nom d'Annevoie continue à être connu, grâce à la présence sur son sol d'un château, entouré de ses superbes jardins. Ce château construit en 1627, appartient à la famille de Montpellier depuis 1675.
 
C'est Charles-Alexis de Montpellier, maître de Forges, seigneur d'Annevoie-Rouillon et bailli de Montaigle qui lui a donné par une campagne de travaux menée entre 1758 et 1775, l'aspect que nous lui connaissons. Il fut créateur des jardins où se marient avec harmonie la rigueur du style français et la grâce du style anglais. Cet homme de goût a su utiliser toutes les potentialités des eaux torrentueuses du Rouillon pour créer une succession d'étangs, de jeux d'eaux, de cascades, de canaux que l'on découvre au détour des allées et des charmilles. Ce site exceptionnel est un centre de tourisme qui attire à la fois, par rigueur de l'architecture, les splendeurs des décorations florales et des frondaisons, le charme des eaux vives.

(Texte de Jean CLOSSET, Anhée)